L'amour de soi au travail ou l'antidote au burnout

20 Sep 2016

 

“ Si vous cherchez à vivre aussi bien votre vie personnelle que votre vie professionnelle avec au bout du chemin le sentiment de plénitude d’une vie bien remplie, ce livre est fait pour vous. Si vous dirigez une structure, composée de 5 ou 5000 personnes, et que vous faites le constat que travailler ensemble pour un projet commun est de plus en plus complexe à réaliser, ce livre est fait pour vous. ” 

FoxRH a rencontré Eric Perret auteur de l'ouvrage osez l'amour de soi - au travail aussi qui nous fait le plaisir de répondre à quelques questions à ce sujet.

 

L'amour de soi est-il un préambule nécessaire pour aimer les autres ?
 

Je réponds OUI. A mes yeux, l’amour de soi est essentiel pour aimer les autres – aimer dans le sens se sentir bien avec les autres. 

Mais il me parait important de définir ce qu’est l’amour de soi, et comment il se construit.
L’amour de soi - la capacité de s’accepter tel que nous sommes - se construit à partir de 3 piliers complémentaires. 


En premier, celui de l’estime de soi qui provient de l’image que j’ai de ma vie actuelle comparée à l’image d’une vie rêvée ou souhaitée - image le plus souvent inconsciente. Plus l’écart entre les deux images est significatif, plus mon estime est faible « je ne réussis rien de bien », « je n’ai pas de valeur », « je n’ai pas de compétence », « je ne suis pas digne d’être aimé » …, plus les deux sont proches (ce dont j’ai rêvé et ce que je vis), plus mon estime sera importante « je suis fier de moi », « j’ai de la valeur », « je me sens compétent », « je suis digne d’être aimé ».


Le deuxième pilier de l’amour de soi provient de la confiance en soi que je définis ainsi, je ne sais pas à quoi demain je vais être confronté mais je sens que j’ai en moi la force suffisante pour franchir les aléas et les obstacles que je vais rencontrer. Cette force amène de l’ouverture à soi, aux autres, aux idées, au futur. Le manque de confiance nous pousse à nous replier sur soi, sur son pré-carré, à ne pas oser.


Le troisième pilier provient de la réalisation de soi qui est notre aptitude à jouir de tous les beaux et petits instants de la vie, de vivre notre vie en toute plénitude, de se satisfaire de ce que l’on a tout en étant ambitieux. L’inverse de cela est l’impression de frustration qui se développe chez beaucoup de personnes, le fait de n’être jamais satisfait par ce que l’on est et de ce que l’on a.J’attire l’attention sur le fait que le regard que nous portons sur nous-même à travers ces 3 piliers, l’estime, la confiance et la réalisation de soi, n’est pas une vérité absolue qui s’imposerait à nous mais uniquement des sentiments que nous avons développé sur nous. Or, ce sont ces sentiments qui vont impacter nos décisions, nos comportements et nos résultats et à son tour, notre image de nous-même. La bonne nouvelle est, qu’à partir du moment où nous en prenons conscience, ces sentiments peuvent évoluer  pour tendre  vers quelque chose de plus favorisant pour nous « après tout, il y a des choses de bien dans ma vie et dans la vie ».
 
Je pars du postulat que c’est parce que je suis bien avec moi (en amour de moi) que je serai bien avec les autres, en ouverture, en authenticité, en simplicité, dans la posture +/+ des positions de vie de l’Analyse Transactionnelle (je me sens + / je vois les autres +), et que j’irai plus loin avec eux.
A contrario, être mal avec soi va entraîner des postures différentes que je résumerai sous deux formes : soit je me sens supérieur aux autres et je suis alors piloté par des volontés de domination, de puissance, de paraître, comme pour masquer mes propres faiblesses - c’est la position de vie +/- (je me sens + / je vois les autres -) qui perturbe grandement mes relations avec les autres ; soit je me mets en position de retrait, d’isolement, je me contente de peu, afin de ne pas me faire démasquer – c’est la position de vie -/+ (je me sens - / je vois les autres +). Il est à noter que cette position peut basculer facilement en dépendance affective, je vais chercher à combler chez les autres le manque d’amour que j’ai en moi, avec toute la dangerosité que cela contient.
 
Si je suis bien avec moi-même je n’ai pas besoin de le montrer, d’en rajouter, de sur-jouer ou de sous-jouer, je suis « moi » tout simplement.
 
Je voudrais également différencier ici les notions d’amour de soi, des notions liées à l’égo, celles d’égoïsme, d’égocentrisme, voire de narcissisme. Nombreux sont ceux qui les confondent et sont gênées par le fait de s’aimer « ce n’est pas bien » car  ressurgit en eux une morale stricte « je n’ai pas le droit de penser à moi en premier »  ou un déficit identitaire « je n’ai pas de valeur ». L’égoïste voit et vite le monde à travers lui, l’égocentrique pense qu’il est au centre du monde, le narcissique pense qu’il est le monde ; trois postures qui enferment, au contraire de l’amour de soi qui ouvre à soi, aux autres et à la vie. Il n’existe donc pas de contre-indications à s’aimer !

 
Pouvez-vous nous définir le concept des 5i et des 5c et ce que cela représente ?
 

Dans son développement, le monde professionnel, comme le monde en général, est devenu un monde d’incertitudes, de non-maîtrise globale, d’immédiatetés, d’accès à une grande quantité d’informations, d’entrecroisements multiples, de paradoxes, de contradictions, qui rendent obsolètes les règles habituelles du management. On parle d’un monde complexe dont les mécanismes de fonctionnement diffèrent fortement de celles d’un monde compliqué organisé autour de règles, de structures pyramidales, de process, desquels nous sortons.

Passer d’une autorité hiérarchique classique à une autorité de compétence, de partage de sens et de vision, de recherche de cohérence, d’échanges, de structures légères et mouvantes, devient un enjeu majeur pour les dirigeants et les managers, au risque de ne plus pouvoir piloter leur business.

C’est ce que j’ai voulu montrer au travers des 5i - Incertitude, Incompréhension, Incohérence, Immédiateté, Incommunicabilité – qui caractérisent le monde actuel de l’entreprise, et des 5c - Conviction, Compréhension, Cohérence, Cohésion, Communication - qui représentent des postures nouvelles que les dirigeants et managers auraient intérêt à intégrer au plus tôt.

 

En quoi l’amour de soi peut-il nous être utile dans le domaine professionnel ?
 

Ce monde que j’ai décrit à la question précédente est un monde dans lequel l’individu peut facilement se perdre, ne pas comprendre ce qui lui arrive, car trop engoncé dans ses schémas devenus inadaptés par trop de rigidités ou de certitudes - schémas rassurants pour lui dans un premier temps.


Un des points que nous pouvons maîtriser pour nous sentir plus à l’aise dans ce monde complexe et y tracer notre chemin, est tout simplement nous-même. Être bien avec soi va permettre d’atténuer nos angoisses, nos peurs, d’être plus clair sur nos envies profondes, sur nos intentions et la façon de les réaliser, d’être mieux connectés aux autres et aux idées nouvelles, d’accepter de ne pas vouloir tout maîtriser, réflexe habituel de survie.

L’amour de soi est la boussole des temps modernes !

 

Comment l’amour de soi peut nous protéger des risques du monde du travail que sont le harcèlement, le burnout,… ?
 

Tout simplement car il nous donne une sécurité ontologique – ce qui est lié à l’être - supérieure. L’amour de soi ne nous protège pas des environnements « harceleurs », mais il nous permet de rentrer moins facilement dans le jeu de ces harceleurs - que ce soit un système ou une personne -, de résister, de s’en distancer plus vite, de relativiser, de développer des capacités de résilience, de se centrer sur d’autres projets en parallèle.

De même pour le burn out qui est le bout d’un chemin qui passe par l’épuisement émotionnel (fort stress continu), la déshumanisation et l’isolement, puis la perte de sens et la haine de soi, l’amour de soi permet de mieux résister à des pressions extérieures et de retarder ou d’éviter l’entrée dans ce mécanisme infernal.

 

Un bon manager doit-il nécessairement s’aimer pour bien manager ? N’y a-t-il pas un risque de narcissisme ?
 

Un bon manager doit au minimum être bien avec lui-même pour donner du sens, développer les besoins de coopération, accepter la discussion, la confrontation, faire émerger les idées, les talents de ses collaborateurs et de ses pairs, intégrer les nouveautés ; des compétences nouvelles et indispensables dans le monde des 5i.

Plus il sera bien avec lui-même, moins il s’enfermera dans des (faux) combats de pouvoir, de paraitre, de possession qui sont des réponses illusoires qui enferment, mais plus dans les 5c.
Encore une fois, l’amour de soi ouvre à soi, aux autres et à la vie.
Celui qui deviendrait narcissique n’aurait pas emprunté le bon chemin dès le début.

 

Comment arriverons-nous à substituer le « bien-être » au travail par « l’être-bien » au travail ?
 

J’aime bien cette notion « d’être-bien » car elle prend ses fondements dans la personne elle-même. L’être-bien est endogène, il part de l’individu qui se sent bien avec lui-même et « s’impose » naturellement aux autres. C’est une force qui émerge de lui pour aller vers les autres sous forme de bienveillance, de respect, de leadership rayonnant.


Le « bien-être » est lui plus dépendant des conditions externes que l’on mette en place pour que les personnes se sentent bien, et par-là même soient plus performantes. Ce peut être des horaires et des avantages spécifiques, un climat, une ambiance. C’est une approche exogène intéressante mais pas suffisante à mon avis car elle peut favoriser les faux-semblants, les beaux affichages déconnectés des vécus du terrain.
Intégrer une dimension « d’être-bien » dans l’entreprise n’est pas une tâche facile car les mentalités sont encore très performance - performance  « on est là avant tout pour travailler », « ce qui compte c’est le résultat » sans se rendre compte que les façons de faire vont à l’encontre de l’objectif recherché. Et si cela ne marche pas, on fait encore plus fort de la même chose, car on ne sait pas faire différemment.


Pour intégrer cette démarche dans l’entreprise, il y a une première phase de sensibilisation des dirigeants et managers - prendre conscience de son utilité -, puis une phase d’application à travers des outils du type coaching individuel qui permet de faire évoluer les croyances limitantes vers des croyances favorisantes, de donner du sens à la personne, de l’aider à mieux percevoir son environnement, à trouver ses propres ressources ; le coaching d’équipe qui permet d’établir de nouveaux modes d’interactions entre ses membres basés sur le dialogue, le respect, l’exigence, de travailler sur une vision et un projet partagé, de poser sur la table les non-dits et les frustrations ; le mentoring, les ateliers managériaux, les ateliers de travail collaboratifs sont aussi des outils qui favorisent l’expression, l’apprentissage collectif et le développement de chacun.

Deux points en conclusion : Intégrer des nouveaux modes de fonctionnements collectifs passe par une évolution des schémas de pensée individuelle ; il faut garder en tête qu’il ne se passera jamais rien s’il n’existe pas une forte volonté émanant de la tête de l’entreprise, volonté relayée activement par le management, pour impulser ce mouvement.
Volontairement ou contraint par l’évolution inexorable de leur éco-système, je pense qu’une majorité d’entreprises emprunteront ce chemin tôt ou tard.

 

 

 

Eric Perret auteur du livre « Osez l’amour de soi – au travail aussi ! » sorti chez InterEditions-Dunod en 2014. Auteur du livre Coach associé au sein du cabinet Renaissance (coaching & management).

www.renaissance-conseil.com  www.osezlamourdesoi.com

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