La formation professionnelle à l'épreuve du temps et des modes

17 Jan 2017

 

 

 

FoxRH a rencontré Benjamin Saccomanno chercheur associé au sein du CERTOP et du CEREQ et auteur de l'ouvrage la formation professionnelle pour adultes aux éditions l'Harmattan. Ce livre revient sur la longue histoire sociale et juridique de la formation professionnelle en France. Depuis la mise en place d'initiatives corporatistes, ouvrières ou associatives, jusqu'à l'organisation par les pouvoirs publics d'une offre censée répondre aux évolutions des besoins d'une société en pleine mutation industrielle.

 

 

  • Qu’est ce qui vous a donné envie de rédiger cet ouvrage?

 

Ce livre est issu de ma thèse en sociologie, soutenue en 2012, sur les ambitions des adultes en formation professionnelle qualifiante. L’histoire du champ de la formation est riche d’enseignements car ses soubresauts et inflexions apparaissent tout à fait représentatifs de l’évolution des rapports, économiques, sociaux et productifs dans nos sociétés.

Ce qui ne devait être au départ qu’un cadrage historique et juridique de ma recherche a donc pris de l’ampleur et j’ai décidé d’en retracer l’histoire passionnante avec ce livre. Par exemple, le point de vue historique permet de mieux comprendre comment les carrières ont progressivement été reconstruites en objets personnels alors qu’il y a un siècle environ les instruments d’accompagnement tels que la formation étaient pensés pour permettre l’évolution de cohortes entières de travailleurs.

 

 

  • Pouvez-vous nous retracer rapidement les grandes étapes de l’évolution de la formation professionnelle au cours du 20éme siècle ?

 

Ce serait bien trop partiel de réduire plus d’un siècle d’histoire à quelques lignes ! On résume souvent ce qu’il s’est passé en matière de formation à la loi de 1971 qui a formalisé l’organisation de la formation telle qu’on la connaît aujourd’hui. Mais d’autres dates antérieures et postérieures ont été extrêmement importantes dans le domaine.

Par exemple le regroupement des centres de formation sous l’égide de la nouvelle ANIFRMO (ancêtre de l’AFPA) après la seconde guerre mondiale qui marque une volonté de couverture territoriale de très grande envergure. Ou encore le cadrage assuré par les législations européennes dans les années 1990, elles-mêmes entérinant l’incompressible mise au service de la formation dans le mouvement de la mondialisation des échanges économiques.

 

 

  • Pensez-vous que le nombre d’acteurs de la formation professionnelle est trop important ?

 

Non pas nécessairement… si l’on parle de structure dispensant effectivement de la formation. Car le détournement de subsides publics en déclarant des activités de formation reste encore une réalité. Il faut aussi distinguer les formations certifiantes, celles effectivement reconnues par les employeurs de toutes les autres créées par des structures uniquement dans le but de se positionner sur le marché de la formation de plus en plus concurrentiel. Le problème n’est donc pas tant le nombre d’organismes mais plutôt les nombreuses zones de brouillard dans l’espace de la formation qui perdent les usagers désireux d’y naviguer.

 

 

  • Aujourd’hui la formation professionnelle forme-t-elle suffisamment ? Et forme-t-elle mieux qu’autrefois ?

 

C’est en lien avec les questions précédentes : difficile de répondre de façon univoque. La formation est un domaine vaste aux acteurs, pratiques, enjeux et publics pluriels. Les ressources peuvent être très différentes d’un organisme à l’autre selon qui en assure le financement et la volonté de couverture et de réponse aux besoins de la population qui sont les siennes. Pour parler de ceux dont je connais le mieux le travail pour les avoir observées en actes, des structures telles que l’AFPA se démènent avec très peu de moyens mais parviennent à produire des enseignements de très grande qualité grâce à leur insertion profonde dans les tissus socio-économiques locaux.

C’est un enjeu incontournable pour chaque organisme que de parvenir à suivre les évolutions des besoins de l’offre comme de la demande de travail.

 

 

  • Le fait de parler de « sécurisation des parcours professionnels » démontre que la formation professionnelle est devenu un moyen de limiter les risques d’exclusion du marché du travail au dépend du développement personnel. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet?

 

Je trouve qu’il faut être prudent avec l’idée de développement personnel dès lors qu’on l’adosse à la construction des parcours professionnels. Si l’objectif est de donner effectivement plus d’autonomie et de maitrise à chacun dans les possibilités qu’il a de travailler et construire sa trajectoire de travailleur, alors oui : le développement personnel peut alors être un effet bénéfique de la formation. Par contre, si le développement personnel se trouve utilisé comme rhétorique managériale pour mieux cadrer les actions des salariés, alors il n’en va plus vraiment des possibilités d’épanouissement de chacun dans son travail mais de nouveaux contrats passés entre l’entreprise et ses salariés : le développement devient en fait synonyme de la sécurité obtenue en échange d’une docilité face aux injonctions managériales et organisationnelles.

 

Le registre de la sécurisation des parcours apparu dans les vocables politiques et gestionnaires il y a de cela près de vingt ans n’est pas anodin : le travail a beau condenser un grand nombre d’attentes identitaires et économiques, il n’en reste pas moins un sujet de préoccupation, tant pour ceux qui en ont que pour ceux qui ne parviennent à en trouver. Les places sont de plus en plus chères, concurrentielles et de plus en plus incertaines, désormais à quasiment tous les niveaux de qualification. Les phénomènes de placardisation, de burn-out, voire même de bore-out illustrent quotidiennement les difficultés rencontrées par ceux qui s’accrochent à des postes douloureux par crainte de ne rien trouver derrière s’ils les quittaient.

On sécurise ce qui est fragile et, dans le cas du travail, la fragilité de l’état du marché dans de nombreux secteurs ainsi que l’impossible adéquation entre formation et emploi reportent les effets de cette fragilité à de multiples niveaux, tant personnels que collectifs.

 

 

  • Pensez-vous que les nouvelles orientations liées à la formation professionnelle (CPF) vont dans le bon sens de l’histoire ?

 

Nous verrons bien. L’effort en vue de la capitalisation des expériences antérieures ne me semble pas une mauvaise chose… bien que d’autres dispositifs existaient déjà en la matière mais qui apparemment n’ont pas réussi à être imposés dans les pratiques par leurs promoteurs. Nous verrons donc comment ce nouveau dispositif sera valorisé et utilisé

 

 

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