• Recruteur anonyme

Le jour où j’ai rencontré Conchita Wurst en entretien


Quelle ne fut pas ma surprise...

9 heures

Tout commença comme une journée ordinaire. Une douce et onctueuse odeur de café me transportant vers des contrées inconnues. Rêves non terminés d’une nuit bien trop courte. Malheureusement, cette senteur émanait seulement de la cuisine à proximité. Mon collègue se dévouant toujours très amicalement pour s’occuper de notre vieille machine à produire un café loin d’être savoureux mais tellement important à ces heures matinales. Tout ceci nous écarte de notre sujet. Alors que j’appréciais mon 1er café bien mérité, l’exigence de ma fonction m’obligeait à commencer ma journée, à l’image de toutes les autres, par traiter mes nombreux mails. Un entretien à honorer ce matin à 9h30. Un poste de retail marchandising pour une grande enseigne dont on taira le nom. Le monsieur se nomme M.Wurst Alexander, serait-ce un Allemand ? C’est bien, on aime la rigidité allemande. Ce sont de bons éléments, tout le monde le sait, enfin je crois, enfin c’est ce qu’on dit…enfin les clichés ont la vie dure. Un CV très intéressant, des expériences à l’international, des recommandations flatteuses, et une passion pour le chant, pourquoi pas. Ma sacro-sainte Googolisation ne me donne guère plus d’informations. Pour être tout à fait franc, je souhaitais savoir à quoi ressemblait ce monsieur. C’est important l’allure dans ce genre de métier (oui j’essaie de me justifier). J’allais être très loin du compte. On continue sur les bons points Monsieur fait attention à sa e-réputation. Il est, de plus, très ponctuel.

9 heures 30

« Coucou, ton RDV de 9h30 est arrivé ». Pourquoi s’esclaffe-t-elle ? Je ne prends note, et prends mes notes bien consciencieusement préparées dans le cadre de cet entretien, CV sous le bras, je m’en vais recevoir le candidat. 1m80, une chevelure lisse et soyeuse, des talons d’une bonne dizaine de centimètre, un tailleur parfait, de grand yeux noir et une barbe…magnifique. Est ce que cela se dit, je ne sais pas, je ne sais plus rien, que m’arrive-t-il, est-ce de la panique, du stress, moi qui est déjà fait tant d’entretiens, que faire, quoi dire, dois-je l’appeler monsieur ou madame. J’ai envie de faire demi-tour… Restons professionnel, n’est-ce pas ce que je suis d’ailleurs, un professionnel aguerri du recrutement qui ne doit guère intégrer dans son jugement des considérations d’ordre physique, sexuel, syndical, religieuse, et tout le reste. Les compétences rien que les compétences. Mais que va dire mon client si je lui présente madame enfin monsieur Wurst? On y pensera après. Chaque chose en son temps. Il est bien temps