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Mieux comprendre les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC)


Mieux comprendre les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC)

Les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC), Anne-Hélène Clair répond à nos questions dans cette nouvelle interview.


Sommaire :

  1. Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire cet ouvrage ?

  2. Comment peut se déclencher un TOC ?

  3. 
Combien de personnes sont concernées en France ?

  4. On peut confondre facilement habitudes, toc et tic. Quelles sont les principales différences ?

  5. En quoi un TOC peut-il porter préjudice au travail ? Existe-t-il des dispositifs mis en place pour faciliter le travail des personnes touchées ?

  6. Quels sont les principaux remèdes pour soigner ses obsessions ?

  7. Avez-vous un conseil à donner aux personnes anxieuses qui souffrent de TOC ?


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1) Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire cet ouvrage ?

Je travaille sur les TOC depuis plus de 10 ans, d’abord dans le cadre d’un doctorat de neurosciences puis en pratiquant la thérapie cognitive et comportementale avec des patients qui en souffrent. J’ai vite été intéressée par les patients qui résistent aux thérapies habituelles et à chercher des façons de les traiter.


J’ai écrit cet ouvrage car je pense qu’il est important de parler de cette maladie au grand public. Peut-être que certaines personnes se reconnaitront dans ces lignes et c’est déjà le premier pas pour soigner le TOC : savoir que ce dont on souffre est une maladie et oser en parler. Peut-être que d’autres personnes reconnaitront un proche, un collègue, un ancien camarade de classe et seront plus empathique, compréhensif avec lui.


Et puis, si l’on sait qu’on souffre de TOC, s’informer et comprendre ce qui se passe en nous, dans notre cerveau, quand on a des TOC me parait


être une étape très importante dans le processus de soins. C’est souvent une réelle motivation et accélérateur de guérison. Le format et le sérieux de la collection « Que-sais-je ? » m’ont donné l’opportunité de faire cela à travers un livre abordable aussi bien sur le plan financier que de la transmission du savoir.


2) Comment peut se déclencher un TOC ?

Il n’y a pas de réponse claire à cela, si ce n’est qu’on ne sait pas. Il y a des hypothèses mais pas de certitude, ni de facteur important qui explique le développement de la maladie. Il y a une part de génétique dans l’arrivée du TOC, une partie qui est liée à la façon dont va fonctionner notre cerveau et une autre à notre environnement, notre éducation, etc. C’est ce qu’on appelle une origine bio-psycho-sociale. Souvent, on remarque que les personnes qui ont des TOC étaient auparavant de nature anxieuse, mais là encore, ce n’est pas suffisant pour expliquer la survenue de la maladie.


Le TOC peut apparaitre rapidement, du jour au lendemain. Mais le plus souvent il s’installe de manière insidieuse dans le quotidien. Des petits symptômes obsessionnels-compulsifs vont apparaitre de plus en plus, augmenter au fur et à mesure des années et finir par causer un réel handicap dans la vie de la personne.



3) Combien de personnes sont concernées en France ?


Le TOC touche 2 à 3% de la population, autant d’hommes que de femmes. Ces chiffres sous-estiment probablement le nombre réel de personnes touchées, car le TOC reste une pathologie encore difficile à partager avec des professionnels de santé. Ce pourcentage est donc probablement en dessous de la réalité à cause d’une sorte de « biais de la honte ».


4) On peut confondre facilement habitudes, toc et tics. Quelles sont les principales différences ?


Il arrive très souvent que l’on confonde les trois ! Les tics sont des mouvements que l’on dit « semi volontaires », comme les clignements répétés des yeux, ou les mouvements d’épaule. Si je vous demande de retenir votre tic, vous allez


pouvoir le faire mais allez ressentir une sorte de tension, un peu comme si je vous demandais de ne pas vous gratter lorsque ça vous démange. Il n’y a pas d’anxiété.


Dans le TOC, il y a aussi des comportements répétés, mais qui sont volontaires, motivés par une « contrainte » que décrivent beaucoup de patients. Et si je vous demande de ne pas faire ce comportement, vous allez vous sentir très anxieux, peut être me dire qu’il pourrait vous arriver quelque chose de mal comme être contaminé, faire une erreur grave… Que se soient les TOC ou les tics, ils se soignent très bien, donc n’hésitez pas à en parler à votre médecin.


Les habitudes ne sont pas des maladies, ni des symptômes. Ce sont des séquences d’actions qui ont été automatisées à force de répétitions. C’est un processus génial mis en place par notre cerveau pour économiser son propre travail. Certaines habitudes sont très bonnes (mettre sa ceinture de sécurité quand on s’assoit en voiture, jouer d’un instrument, dire merci) et d’autres moins. Il n’y a généralement pas d’anxiété associée aux habitudes. Si vous souhaitez les changer c’est aussi possible et cela va demander du temps et des répétitions.



5) En quoi un TOC peut-il porter préjudice au travail ? Existe-t-il des dispositifs mis en place pour faciliter le travail des personnes touchées ?


Le TOC peut être très gênant au travail, mais aussi à l’école. Beaucoup de personnes souffrant de TOC arrivent en retard le matin parce qu’ils ont passé plus de temps que prévu à « faire leurs TOC ». Ils peuvent alors avoir l’étiquette


faussement attribuée de flemmard ou de personne qui n’est pas impliquée, alors qu’ils sont en réelle souffrance.


Une fois au travail, ou à l’école, on observe souvent un ralentissement dans les tâches. Par exemple, on imagine facilement que vérifier 10 ou 15 fois un mail avant de l’envoyer va être chronophage. Il est aussi possible que la personne soit accaparée par ses TOC au cours d’une réunion par exemple et donne encore l’impression de ne pas être impliquée ou de rêvasser. Elle va être pourtant en train de se remémorer dans sa tête ce qu’elle a fait tout à l’heure pour être sûre de ne pas avoir fait une erreur. Ce sont là des exemples mais le TOC peut s’immiscer dans beaucoup de situations professionnelles ou scolaires.


Il n’existe pas de dispositif de protection spécifique aux TOC au travail ou à l’école. S’il est sévère, il peut être reconnu comme un handicap et vous pouvez bénéficier alors des aménagements prévus pour les personnes handicapées. Cela se fait avec l’aide de votre psychiatre, médecin généraliste et de la MDPH.


6) Quels sont les principaux remèdes pour soigner ses obsessions ?


Pour soigner votre TOC, la première étape est d’en parler. Vous pouvez consulter votre médecin traitant ou psychiatre. Il existe deux principaux types de traitements qui sont reconnus par la haute autorité de santé en France : les médicaments et les thérapies cognitives et comportementales (TCC).


Les médicaments que l’on utilise le plus souvent sont les antidépresseurs. Lorsqu’on donne de fortes doses (par rapport à celles de la dépression), ils sont très efficaces sur les TOC. Il est aussi possible de suivre des TCC, généralement pratiquées par des psychologues. Cela va vous permettre de vous entrainer progressivement à vous confronter à votre TOC et à l’anxiété qu’il vous envoie. C’est un réel travail, avec des exercices et beauco


up d’énergie dépensée mais cela vaut le coup. On arrive à soigner plus de la moitié des personnes avec la TCC et plus des trois quarts quand on combine TCC et médicaments.



7) Avez-vous un conseil à donner aux personnes anxieuses qui souffrent de TOC ?

Le premier conseil est de sortir du silence : allez en parler à un professionnel de santé ou à l’AFTOC (Association Française des personnes souffrant de TOC). Le second, si vous êtes déjà engagé dans un processus de soin, est de garder espoir car guérir prend du temps et de l’énergie mais ça vaut le coup !



Les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC)


Clair A.H, Les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC), Que Sais-je, juin 2021.


Une interview de Anne-Hélène Clair par Tiphaine Rabolt pour FoxRH.







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